Collimation d’un Cassegrain classique GSO f/12
Fin juillet 2026, j’ai investi dans un télescope Cassegrain classique de 8 pouces f/12 (203/2436) du fabricant taïwanais GSO (Guan Sheng Optique Co.) en remplacement de mon vénérable C8 Fastar de 1999 dont le secondaire cessa de répondre à la collimation (instabilité et basculement). Ce télescope, estampillé depuis 2018 sous de nombreuses marques (KEPLER, TS-Optics, Orion, Agena,…) et présenté ainsi avec un tube tantôt en couleur blanche, noire ou crème, fait figure dans de nombreux forums d’une très bonne presse pour son optique excellente et son potentiel (visuel tout comme photo). Composé d’un miroir primaire parabolique et d’un miroir secondaire hyperbolique, la formule très spécialisée pour le planétaire rencontre surtout de nombreux questionnements quand il s’agit de la régler (tout du moins de l’entretenir étant donné la précision remarquable de la collimation en sortie du carton de ces instruments, malgré parfois un voyage fort mouvementé par les agences de livraison jusqu’à son futur propriétaire, qui fait souvent l’admiration unanime sur les forums comme dans les revues spécialisées). Contrairement au Schmidt-Cassegrain, le miroir secondaire n’est pas convexe sphérique, le primaire n’est pas concave sphérique et il n’existe pas de lame de fermeture en verre asphérique à l’avant pour corriger les aberrations des deux miroirs ; le caractère sphérique des optiques du Schmidt-Cassegrain présentant pour principal avantage de ne pas avoir d’axe optique formel, ce qui aide au bon fonctionnement optique du tube, en autorisant des approximations mécaniques comme celle du fameux primaire mobile qui peut s’infléchir sur sa course de mise au point, tolérance optique des surfaces sphériques autorisant que seul le secondaire puisse être réglable pour une collimation correcte. Dans un Cassegrain classique, les deux miroirs ont des axes sévères de fonctionnement et toute discordance dans ces axes s’exprimant par une coma importante ; raison expliquant pourquoi dans cet instrument plus rustique les deux miroirs qui se font face soient réglables comme dans un Newton.
Les quatre règles d’or pour entretenir correctement ce Cassegrain
- Ne absolument pas suivre la notice officielle de collimation livrée avec l’instrument
- Votre banc optique est une étoile dans le ciel et non des outils (OCAL, Cheshire, microscope de collimation)
- Privilégier toujours la retouche du secondaire pour corriger la coma d’un défaut de collimation
- Considérer autant que possible le primaire réglé d’usine comme le référentiel scellé absolu de votre collimation
Ces 4 règles s’imposent par la conception même de l’instrument sur son barillet arrière : l’axe du porte-oculaire est dépendant de l’assiette du miroir primaire ; c’est à dire que le primaire peut être très bien réglé d’usine alors même que l’axe du porte-oculaire exprime le contraire de jour. Un choix conceptuel économique imposé par la formule optique qui exige de conserver strictement constante la distance entre miroir primaire et secondaire ; le miroir primaire se doit donc de se régler par le principe du basculement autour d’un centre comme une sphère. Du coup, comme les outils tels qu’un OCAL, un cheshire, un laser ou un microscope de collimation se base sur l’axe du porte-oculaire, il n’existe pas meilleure garantie de détruire complétement un bon réglage d’usine du Cassegrain. Ainsi, un bel alignement géométrique des optiques (focuser, liseré du primaire, pourtour extérieur du secondaire, œillet dans la croix) dans un OCAL n’est absolument pas une garantie pour la juste collimation de cet instrument. La seule vraie garantie qui vaille avec ce Cassegrain : le « Star-Test » d’une étoile focalisée à 400x en plein centre de l’oculaire avec un filtre rouge profond présentant un disque d’Airy parfaitement circulaire sans différence d’éclairage dans la figure, point.
Il faut absolument retenir que dans la grande majorité des cas, l’axe mécanique et l’axe optique d’un télescope d’entrée de gamme ne coïncident pas. Pour moins de 1500 euros, ne pas se voiler la face, il s’agit d’entrée de gamme (certes de bonne facture). Ceci reste vrai même pour les télescopes Cassegrain classiques haut de gamme pourtant dotés de tolérances très serrées. En raison d’une légère inclinaison incontournable de la base du porte-oculaire par rapport à la face arrière du tube, il est donc préférable d’oublier les outils de collimation classiques et de s’en tenir surtout à la figure d’une étoile perçue à l’oculaire pour juger de l’instrument.
SOUVENT – La collimation de routine (sur le miroir secondaire seulement)
Beaucoup d’amateurs ont pu se rendre compte que ce telescope Cassegrain sort souvent quasi-correctement collimaté de son carton dès la livraison (beaucoup le souligne dans les forums) : On peut donc en déduire un premier point très important, c’est la robustesse fréquente de sa collimation globale. C’est une information capitale car peu d’instruments peuvent se prévaloir d’une telle performance mécanique et ce fut même souligné lors du test de cet instrument par Jean-Luc Dauvergne en 2019 (Ciel & Espace) ; mais encore lors d’une longue conversation sur un fil du forum Astrosurf en août 2026 dans lequel il l’aura re-souligner au moment d’orienter un astram dans le choix de son instrument. Une observation qui fait largement consensus sur ce détail, au point que le 13 décembre 2019, Lawrence Carlino publiera son propre test de l’instrument en faisant complétement l’impasse (volontairement ou pas) sur l’existence d’un réglage du primaire : « La collimation du télescope était quasiment parfaite dès sa sortie de l’emballage ; seul un fort grossissement nécessitait un léger ajustement. Grâce au miroir primaire fixe, le télescope peut être réglé avec précision à l’aide des trois vis encastrées sur le logement du miroir secondaire. Cinq minutes de réglages ont suffi pour obtenir un alignement parfait. ».
Beaucoup d’utilisateurs de ce télescope, curieusement souvent très expérimentés, indiquent délibérément sur les forums qu’ils ne toucheront jamais au primaire (sauf en cas d’extrême nécessité). Leur bon sens signifiant en effet que compte-tenu que l’utilisation de ce télescope est le planétaire et que ce type d’observation consiste surtout à n’utiliser que le centre de l’image (par analogie, uniquement le centre du miroir secondaire), le comportement de la coma hors-axe sur les bords du champ de vision n’est pas le sujet d’inquiétude principal mais surtout de garantir la netteté sur l’axe. Pour que l’assiette du primaire devienne réellement un problème, il faudrait véritablement que son degré d’erreur de réglage soit suffisamment prononcé pour aller jusqu’à créer une asymétrie sur une planète.
Collimater le Cassegrain classique revenant à pratiquer exactement la méthode pour un Schmidt-Cassegrain :
1 – En intra et en extrafocale, on analyse le décentrement et on agit sur la ou les vis du secondaire se situant dans l’axe du décentrement (On desserre une vis et on revisse les deux autres d’égale intensité). Quand on ne perçoit plus le décentrement sur l’étoile défocalisée au centre du champ de vision, on passe à 2.
2 – L’étoile parfaitement focalisée, on analyse le décentrement résiduel dans le disque d’Airy et on agit sur la ou les vis du secondaire se situant dans l’axe du décentrement. Quand on perçoit un disque d’Airy complet autour de l’étoile au centre du champ de vision, c’est fini.
3 – L’étoile tantôt défocalisée, tantôt parfaitement focalisée présente un disque d’Airy complet autour de l’étoile au centre du champ de vision : C’est collimaté.
JAMAIS SI POSSIBLE – La collimation complète (en dernier recours)
Cette méthode empirique découle d’un partage de « Spacedude4040″ (un utilisateur de ce télescope) sur Cloudy Nights.
La méthode consiste à débuter par le miroir primaire et à finir par le miroir primaire, en passant par itérations par le secondaire. Etant entendu que le primaire d’usine est très souvent déjà coaxial (nombreux, ceux ayant été surpris par la précision des réglages à la livraison de leur instrument) et que le défaut de collimation provient donc exclusivement de l’assiette du secondaire comme un SCT ; ceux qui s’engouffrent dans cette méthode complète de collimation sont souvent :
- Ceux qui ont suivi tout d’abord la notice en penchant le primaire de jour avec des outils pour plaire au Crayford et qui réalisent qu’il faudra finalement reprendre intégralement la collimation car le champ de vision à l’oculaire de nuit leur rappelle que le primaire n’est plus d’assiette par rapport au tube ;
- Après le secondaire, il demeure un ovale à 90° (astigmatisme de cellule, verre un peu de travers dans le barillet)
A noter que le secondaire corrige surtout la coma d’axe (les deux coniques mal pointées). Le primaire corrige l’assiette du quartz par rapport à l’axe que l’utilisateur a choisi. Si cet axe est déjà bon, l’observateur n’as rien à faire sur le primaire. Si il a choisi l’axe du porte-oculaire tordu en utilisant des outils, il fini forcément sa collimation au primaire pour réparer l’erreur qu’il a créé. D’où l’apparence de contradiction dans les deux méthodes de collimation de ce Cassegrain (uniquement le secondaire comme un Schmidt-Cassegrain ou les deux miroirs). Même tube, même vis. Le premier part d’un primaire déjà juste d’usine et s’arrête au réglage du secondaire. L’autre est parti du porte-oculaire de jour avec ses outils ou d’un vrai défaut de cellule et doit travailler sur le primaire.
1) PRIMAIRE : Centrer l’étoile (mise au point effectuée) dans l’oculaire et vérifier la présence de coma axiale. Serrez la vis argentée et desserrez simultanément la vis de blocage du côté brillant opposé au côté évasé afin d’éliminer la majeure partie, voire la totalité, de la coma axiale. Vous pouvez également desserrer la vis argentée et serrer la vis de blocage du côté évasé si l’orientation de la vis correspond à celle de l’évasement. Cette opération s’effectue en regardant depuis l’arrière du télescope. Recentrer l’étoile et répéter l’opération jusqu’à disparition complète de la coma. Si l’étoile ne présente aucune coma axiale, passer à l’étape suivante.
2) SECONDAIRE : Ensuite, défocaliser le porte-oculaire (extrafocal) pour que le miroir secondaire soit visible sur le trajet optique (grand anneau). C’est à ce moment-là que vous ajustez les vis Allen du miroir secondaire. Je recommande de déplacer la monture pour que l’étoile soit décentrée dans l’oculaire, de manière à ce que l’anneau paraisse symétrique. (Utilisez un oculaire à faible grossissement.) Tournez ensuite les vis Allen de réglage en serrant une vis et en desserrant une ou deux pour ramener l’anneau au centre de l’oculaire. Recentrez et répétez l’opération si nécessaire. Si, en desserrant une vis, l’image de l’étoile sort du champ de vision, resserrer simplement la même vis pour la faire revenir. Pas de panique ! Seuls de légers ajustements devraient être nécessaires pour obtenir une collimation correcte.
3) PRIMAIRE : Insérez l’oculaire de puissance moyenne et effectuer une légère défocalisation vers l’extérieur sur l’étoile centrale (moins importante qu’avec le réglage secondaire). Vous pourriez observer un éclaircissement de l’anneau extérieur ; c’est de ce côté qu’il faut serrer la vis argentée et desserrer simultanément la vis de blocage du miroir primaire . Vous pouvez également desserrer la vis argentée et serrer la vis de blocage du côté plus mat si l’orientation de la vis correspond à celle du côté mat de l’anneau extérieur. Conseil : Regarder à travers l’oculaire pendant que vous tournez les vis de collimation argentées et de verrouillage et observer comment les deux interagissent.
4) SECONDAIRE : Insérer l’oculaire à fort grossissement et effectuer une défocalisation vers l’extérieur. Vous devriez alors apercevoir la tache de Poisson dans le cercle formé par le miroir secondaire ; cela vous permettra d’obtenir un centrage plus précis à l’aide des vis Allen de réglage. (Faites en sorte que la tache se situe au centre de l’ombre du miroir secondaire/du grand cercle formé par le miroir secondaire.) Utilisez un oculaire de diamètre égal à la focale du télescope.
5) PRIMAIRE : Augmenter à nouveau le grossissement en changeant d’oculaire et observez une étoile nette. Pour l’étape suivante, vous devez distinguer l’anneau autour du disque d’Airy. (Une nuit de bonne visibilité est nécessaire). Vérifiez si l’anneau s’assombrit et resserrez légèrement la vis argentée du côté brillant, sans toucher à la vis de blocage. La desserrer entraînerait un déplacement excessif.
6) SECONDAIRE : Vérifiez-le attentivement, mais tout devrait être correct, car le dernier tour de la vis du miroir primaire devrait correspondre à environ 1/64e de tour. Si ce n’est pas le cas, il faut ajuster.
Après un tel réajustement du primaire, vous n’aurez qu’à l’entretenir uniquement sur le secondaire.
Sources des images
La collimation par Gérard Thérin (son ancien site « Images à haute résolution »)
Exposé de collimation de « Spacedude4040″ (un utilisateur d’un télescope GSO de 8 ») sur Cloudy Nights.