Les pages « Matériel utilisé par l’auteur« , « La haute résolution en astronomie » et l’article « Tentatives de lucidité sur l’observation planétaire » regroupent déjà très large matière sur tout le bien que je pense des Maksutov-Cassegrain et notamment de sa version 127 produite par Synta Technology Corporation of Taiwan estampillée Sky-watcher. Néanmoins, il me semblait important de signer ici une synthèse plus large de ce qu’il convient de retenir de cet instrument aux capacités surprenantes.
Historiquement, l’opticien soviétique Dmitri Dmitrievitch Maksoutov (1896-1964) s’intéressait depuis longtemps aux systèmes catadioptriques. Sa formule Maksutov-Cassegrain (souvent appelé « Mak ») est un télescope catadioptrique qu’il invente finalement en 1941. Il combine un miroir primaire sphérique et une lentille correctrice ménisque (à surfaces sphériques) qui corrige l’aberration sphérique, le coma et limite l’aberration chromatique. La variante la plus répandue aujourd’hui, comme celle du Mak 127 de Sky-Watcher dite « Gregory » ou « spot », place le miroir secondaire sous forme d’une tache aluminisée directement sur la face arrière du ménisque.
Plus précisément pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il fuit Leningrad en train de réfugiés, Maksoutov conçoit le remplacement de la lame de Schmidt par un ménisque entièrement sphérique, plus simple à produire. Il dépose un brevet en 1941 et achève le 26 octobre 1941 à Yoshkar-Ola (Kazakhstan) son premier prototype. La forme la plus courante aujourd’hui dite « Gregory-Maksutov » (ou Spot-Maksutov) a été popularisée par l’ingénieur optique américain John F. Gregory (1927-2009), alors chez Perkin-Elmer. Commercialement, cette formule apparaît dès 1954 avec le célèbre Questar de Lawrence Braymer (parfois avec le spot placé sur la face avant pour contourner des questions de brevets). Trois avantages cruciaux de la variante Gregory/spot :
- Tube scellé, très robuste, quasi aucune collimation nécessaire
- Pas d’araignée (supports du secondaire), ce qui s’exprime par l’absence de pics de diffraction pour un excellent contraste
- Surfaces sphériques faciles à fabriquer
Le design du « Gregory-Maksutov » connaît un grand succès amateur dès les années 70 grâce à sa qualité d’image (surtout planétaire et lunaire), sa compacité relative et sa simplicité d’utilisation. Il reste apprécié aujourd’hui pour les observations à fort contraste, même si les Schmidt-Cassegrain et les réfracteurs apo dominent d’autres niches. Le Mak 127 s’avère très justement excellent pour faire la chronique des gros phénomènes astronomiques de notre système solaire sans s’alourdir et dans une simplification du protocole de la haute-résolution : taches solaires, éclipses de lune, éclipses de soleil, GRS de Jupiter, bouleversements globaux dans les bandes jupitériennes, transits galiléens, tempête blanche de Saturne, Cassini, ouverture des anneaux,…etc. A une époque encore pas si lointaine (les années 90), au niveau amateur, les observations planétaires les plus pertinentes se déroulaient principalement en visuel ; la photo argentique n’étant pas en mesure de rivaliser avec l’observation visuelle d’un bon observateur. Encore au tout début des années 2000, les dessins planétaires étant encore acceptés par la commission des observations planétaires de la SAF quand ceux-ci s’avéraient particulièrement qualitatifs. Avec le progrès constant des détecteurs et des traitements d’images (notamment avec la dérotation), il est troublant aujourd’hui de constater que des images produites avec le Maksutov 127 en montrent bien plus que les observations visuelles jadis soumises et acceptées par la prestigieuse commission avec des ouvertures bien supérieures.
Pour toutes ses bonnes raisons, le Maksutov SkyWatcher 127 est devenu instantanément mon instrument préféré « fer de lance » pour la très simple raison qu’il est léger, compact et à la collimation très robuste. Comme tout télescope de voyage, sa mécanique se doit notamment de résister aux déplacements fréquents en voiture contrairement à la formule Cassegrain classique qui n’en est pas capable. Il s’agit de l’instrument qui incarne le mieux la philosophie « plug-and-play » : On l’emmène, on l’installe et on observe. Mon choix de l’ouverture de 127 est important dans l’équation car il s’agit encore de l’ouverture intéressante pour un Maksutov car à partir du modèle 150, on change de monde. Alors que le 127 se met à température en une heure maximum, même en plein hiver, le ménisque épais de la formule Maksutov condamne les modèles supérieurs (150 et 180) à un délai de préparation bien plus long, ce qui peut s’avérer un vrai préjudice pour l’opérationnalité de l’instrument pour certains événements astronomiques. Sans compter le poids des modèles 150 et 180 qui ne correspondent plus vraiment à la fiche technique de l’instrument léger et compact puisque le 150 est déjà aussi lourd qu’un Célestron 8 (et le Maksutov 180 pèse pas loin d’un Cassegrain classique de 8″).
Depuis la terrasse collective d’une résidence dans une commune d’Ile-de-France dont le seeing sera toujours élevé à cause notamment du vent et du sol dallé de ce genre de site qui rend la chaleur emmagasinée pendant la journée par le sol jusqu’à tard dans la nuit, il est rarement nécessaire d’avoir plus gros et plus lourd pour être un bon reporter du ciel. C’est vraiment mon tube fétiche pour la plupart de mes observations ordinaires car il permet de retrouver le rendu visuel hédoniste dont j’avais l’habitude avec le Célestron 8 mais sans le problème d’un secondaire dont la cellule peut tomber en panne du jour au lendemain au bout de nombreuses années de bons et loyaux services, à cause d’un réglage d’assiette usé. Typiquement l’instrument baroudeur qui fait totalement écho à mon approche majoritaire de l’astronomie de contemplateur de la beauté de la nature plutôt que d’être un technicien froid de la Haute-Résolution ; le grand diamètre n’étant donc pas un dogme dans l’équation pour la part d’émotion(s).
L’utilisation d’une tête binoculaire avec le Mak 127 se révèle notamment fantastique sur la lune. Regarder notre satellite avec nos deux yeux à 130 x permet de contrarier d’autres idées qui s’installent dans les esprits. Dans une période où on observe une frénésie des gros diamètres pour les passionnés de planétaire (une ouverture de 300 mm devenant de plus en cours courante) — Certains amateurs considérant même carrément aujourd’hui qu’il s’agit d’une hérésie de pratiquer l’observation planétaire avec un instrument en dessous de 250 mm d’ouverture, il est bon de rappeler que la possession comme l’utilisation d’un instrument d’astronomie, quelqu’en soit l’ouverture, se doit d’avoir surtout un sens beaucoup plus profond, très personnel et rationnel que simplement épouser le courant du torrent populaire du « toujours plus de diamètre ». Acheter du diamètre n’est rentable que si celui-ci est possiblement utilisé à son plein régime et ce serait aussi très vite oublier qu’il existe un détail très important à ne jamais sous-estimer dans une passion : le contrat de chaque instrument se devant de fixer la juste relation équilibrée entre plaisir et motivation.
Pour finir, il me semblait important de nuancer un petit détail sur les Maksutov-Cassegrain : leur collimation rare. La collimation d’un « Gregory-Maksutov » est souvent exploitable en sortie de carton mais pas optimale. Rares sont les vidéos et les pages web qui s’aventurent d’une façon détaillée sur la collimation des Mak, comme si celle-ci était tout simplement inutile à la livraison du tube. Or, un Maksutov comme tout instrument à miroirs doit être correctement collimaté pour livrer toute la quintessence du rendement de son ouverture. Compte-tenu de son ménisque et de son secondaire figé dedans dans sa déclinaison Grégory, la collimation s’opère sur le primaire avec trois vis de blocage et trois vis de réglage de l’assiette. C’est sur la chaîne espagnole « Observar el Cielo » que l’on trouve le tutoriel le plus intéressant pour régler un Maksutov. Au cours de ce tutoriel, l’auteur de la vidéo explique n’être jamais tombé sur un Maksutov-Cassegrain parfaitement collimaté à la sortie du carton (il en déballe par ailleurs un certain nombre de Maksutov 127 Sky-Watcher parfaitement neufs au cours de la vidéo pour les vérifier).
Vidéo YOU TUBE de la collimation d’un Mak : https://youtu.be/dq6RC96hSqI?si=mM1WL7QjBmORnA18