Hommage à mon premier télescope : le CELESTRON 8

Le Célestron 8 est certainement l’instrument le plus produit et le plus usité au monde. L’histoire du Celestron 8 est l’une des plus belles pages de l’astronomie amateur moderne. Ce télescope Schmidt-Cassegrain de 8 pouces (203 mm), lancé en 1970, a littéralement démocratisé l’observation du ciel pour des dizaines de milliers de passionnés à travers le monde. Tout a commencé avec Tom Johnson (1923-2012), ingénieur en électronique et fondateur de Valor Electronics, une société qui fournissait des composants à l’industrie aérospatiale quand celui-ci dans les années 50 veut faire découvrir l’astronomie à ses deux fils. Tom Johnson se passionne pour la fabrication d’instruments ; du coup, il crée la division « Astro-Optical » au sein de Valor en 1960. S’en suivra en 1964, la fondation officielle de Celestron Pacific (qui deviendra simplement Celestron). Le principal obstacle à la production de masse des télescopes Schmidt-Cassegrain à cette époque était la fabrication de la plaque correctrice de Schmidt, une lentille asphérique très complexe et extrêmement chère à produire unitairement. Tom Johnson met alors au point une méthode révolutionnaire appelée « master block » : grâce à une technique de mise sous vide, les disques de verre sont déformés sur des moules de précision avant d’être polis. Cela permet de produire des correcteurs de très haute qualité en grande série et à coût raisonnable. Cette invention est le véritable acte de naissance du télescope amateur moderne. Né ainsi le Célestron 8, le premier véritable Schmidt-Cassegrain de série pour la sphère amateur. 

Le succès est immédiat et phénoménal. Pour la première fois, un grand télescope de qualité devient accessible à un large public d’amateurs. Le C8 va transformer l’astronomie amateur en loisir de masse. Pendant dix ans (1970-1980), ce sont les années fastes. Le C8 devient le standard de référence. Des milliers d’exemplaires sont vendus. On le voit partout dans les clubs d’astronomie, les écoles et chez les particuliers. C’est l’âge d’or du fameux « orange tube ». En 1980, Tom Johnson vend l’entreprise à une société suisse (Diethelm). Il se retire progressivement des opérations quotidiennes et c’est le début des problèmes car dans la seconde moitié des années 1980, la qualité se dégrade. Les « master blocks » s’usent, des problèmes d’aberration sphérique apparaissent. Le boom commercial lié au passage de la comète de Halley (1985-1986) aggrave la situation : on produit trop vite et mal. En 1987, la direction rappelle Tom Johnson comme consultant. Il refait de nouveaux master blocks et forme une nouvelle génération de techniciens. La qualité remonte nettement à la fin des années 1980 et dans les années 1990. Le tube orange a disparu au milieu des années 1980 pour le passage au noir. Plus de 55 ans après son lancement, le C8 reste l’un des télescopes les plus produits et les plus copiés de l’histoire. Des milliers d’exemplaires « orange tube » des années 1970-1980 circulent encore aujourd’hui et sont très recherchés par les collectionneurs et les puristes.

Le C8 aura été pendant quelques années l’instrument d’imagerie à haute résolution d’un certain…Gérard Thérin (1962-2019).

Aujourd’hui encore, quand on parle d’un « bon 8 pouces Schmidt-Cassegrain », on pense presque toujours au Célestron 8 et à son héritage.

Pour reprendre mes travaux d’imagerie planétaire, il s’agissait de la résurrection d’une optique rompue en juillet 2026. A en tenir l’histoire de Célestron comme référence, mon C8 Fastar de 1999 se trouvait dans une période globalement bonne de la production Celestron, bien meilleure que le milieu/fin des années 1980, dans la période de post-récupération. C’est une des raisons notamment pour lesquelles les exemplaires de la série Ultima des années 90 sont plutôt bien vus aujourd’hui sur le marché de l’occasion.

Le système Fastar a été lancé en mars 1997 (en partenariat avec SBIG). Mon C8 Deluxe black tube avec porte-secondaire amovible de 1999 fait partie des premiers modèles Fastar-compatible. C’était une innovation intéressante à l’époque : en remplaçant le secondaire par un correcteur + caméra, on passait de f/10 à environ f/1,95, ce qui permettait des poses beaucoup plus courtes en imagerie CCD (environ 25× plus rapide). C’était surtout conçu pour les petits capteurs de l’époque car son utilisation aujourd’hui nécessite des corrections.

Beaucoup d’exemplaires de cette époque tournent encore très bien aujourd’hui, visuellement et en photo. Un C8 Fastar de la fin des années 90 est généralement considéré comme un bon instrument de cette génération. Il n’a pas les problèmes chroniques des modèles Halley et il bénéficie des améliorations apportées fin des années 80/début 90. Beaucoup d’astronomes sur les forums (Cloudy Nights notamment) sont contents de leurs Ultima/Fastar des années 90 et les considèrent comme des valeurs sûres, surtout après un bon entretien car certains pièces de l’instrument vieillissent inexorablement malgré une utilisation tout à fait saine de son propriétaire (housing, miroirs, lame, joints, mise au point,…).

La photo de gauche montre mon Célestron 8 tel qu’il était dans sa nouvelle configuration avec l’AM5N.

Hélas, dès la seconde nuit de sa réutilisation, le 28 juillet 2026, lors de sa collimation (certainement celle de trop), mon bon vieux pote avec lequel j’avais vécu beaucoup d’émotions depuis 1999 (observations planétaires visuelles, photographies de la lune, plusieurs comètes, l’opposition historique de Mars d’août 2003,…) a tiré sa révérence, touché par un mal appartenant au top 5 des raisons d’une mort subite d’un Célestron 8 : Le miroir secondaire qui se desserre. Quand ce mal survient, le miroir secondaire devient hors d’atteinte d’une collimation efficiente (une vis devient soit trop lâche, soit anormalement en butée beaucoup trop tôt). L’ombre du miroir secondaire demeure inexorablement verrouillée très excentrée sans qu’aucune vis ne puisse le ramener à la raison. Mon Célestron 8 avait 26 ans et la réalité du temps, même resté inutilisé pendant de très nombreuses années, aura fait son oeuvre. Avec le temps et les collimations répétées, le joint mousse/colle du support secondaire durcit. Le secondaire tourne, se met de travers, puis peut sortir complètement avec risque de choc sur le primaire ou la lame.

J’aurai pu l’expédier chez MEDAS à leurs ateliers à Vichy pour une révision complète. Mon vieux pote serait reparti pour un tour, limite comme neuf, mais quand on estime le prix du devis pour le remettre en état et ce que la concurrence (notamment KEPLER) propose désormais sur le marché comme instruments en adéquation plus profonde avec mes exigences en imagerie planétaire, j’estime que la vie est bien faite pour dire : « STOP ! ». Il ne fallait pas seulement changer la monture mais tout changer. J’ai préféré en tirer donc l’impulsion de changer de cheval, en laissant l’affectif pour mon vieux C8 de côté, pour privilégier plutôt ma projection dans un tout nouveau projet correspondant à l’homme que je suis devenu, qui n’a plus rien à voir avec le jeune de 17 ans qui recevait son premier véritable télescope.