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Le château de Vincennes - Témoin de l'histoire de France


J'ai parcouru le château de Vincennes le 1er septembre 2012 et pénétré au coeur de sa Sainte-Chapelle ainsi que son Donjon. Face à autant de rebondissements historiques sur plus de 600 ans, il m'apparu incontournable de produire un dossier sur cette forteresse combinant explications et photographies.
Présentation générale du site

Période de construction

XIVème siècle - XVIIème siècle

Auteur(s) - Architecte(s)

Principaux souverains
Philippe VI ; Jean II Le Bon ; Charles V ; Louis XIV ; Louis Le Vau Jardinier Le Nôtre ; Philibert Delorme Raymond du Temple

Localisation

Vincennes (94 - Val-de-Marne)

Détail(s)

Long mur d'enceinte sur plus d'un kilomètre flanqué de trois portes (A, B et C) et de six tours de 42 mètres de hauteur ; Donjon de 50 mètres ; Une chapelle Gothique Flamboyant

Le château de Vincennes est une forteresse. Il est le plus vaste château fort royal français subsistant. Son donjon de 50 mètres le place même comme l'une des plus hautes de plaine d'Europe. Toutefois, le terme château fort est discutable car cette forteresse a plus l'apparence d'une vaste cité fortifiée de 330 x 175 mètres soit un espace restangulaire de plusieurs hectares.

Ce château avait été conçu pour abriter le roi de France lorsque notre pays connu des périodes troubles et qu'il se sentait particulièrement menacé. Les débuts de la forteresse trouvent leur racine sous Philippe VI dit Philippe de Valois, le donjon est notamment débuté par Jean II Le Bon et achevé en 1370 sous Charles V.

Charles V, né dans cette forteresse, en fait sa résidence, le siège sa très haute administration et de son gouvernement.

A la mort de Charles V, l'ensemble est protégé par une enceinte composée de neuf tours tel qu'on peut le voir sur une gravure de Pierre Nicolas Ransonette et le chantier de la Sainte-Chapelle, confié à Raymond du Temple (architecte du roi et maçon juré de Notre-Dame de Paris), vient de démarrer (1379). Elle reprend dans sa structure de base, celle de la Sainte-Chapelle de Paris. Sous le règne de Charles VI sont érigés le choeur, les deux oratoires, la sacristie et le trésor pouvant contenir les reliques de la Passion. L'élévation de la nef se poursuit et le reste des travaux perdurent sous les règnes des rois suivants, Charles VII et Louis XI jusqu'en 1480.

Toutefois, les travaux de construction et d'embellissement de la Sainte-Chapelle ne s'achèveront qu'à son inauguration en 1552 sous le règne d'Henri II lorsque ce dernier confie l'achèvement de ces travaux à son fondateur favori, Philippe Delorme, architecte de la Renaissance, notamment auteur de la partie Sud du Château de Villers-Cotterêts et de sa chapelle, du château de Thoiry. Le cumul de près de deux siècles de construction ponctués de plusieurs intermèdes se synthétise par une Sainte-Chapelle fantastique combinant les styles Gothique Flamboyant, Gothique Finissant et Renaissance.

Louis XIV marque la forteresse de sa présence en engageant l'architecte Louis Le Vau. Ce dernier construit pour le roi les ailes de la Reine en 1658 et du Roi en 1661. Le cardinal de Mazarin décéde en 1661 dans l'une de ces ailes et sa dépouille fut exposée dans la Sainte-Chapelle. A partir de 1682, le château de Vincennes est totalement délaissé par le pouvoir puisque Louis XIV s'en va s'installer définitivement dans sa grande et célèbre réalisation à Versailles. La forteresse perd dès lors son rôle central de résidence royale. On notera aussi les aménagements du jardinier Le Nôtre marqués par une porte monumentale en "arc de triomphe" sur l'issue C.

Progressivement, le donjon du château de Vincennes est parallélement converti en prison. On y note dès 1652, l'incarcération du Cardinal de Retz sous les ordres de Mazarin. Nicolas Fouquet y séjourne également. Les siècles suivants, on y remémore l'incarcération de Voltaire, le marquis de Sade, Mirabeau, Diderot, Barbés, Blanqui et Raspail. La capacité pénitentiaire du donjon était de quatorze détenus maximum. Au XVIIIème siècle, la manufacture de Vincennes dédiée à la production de porcelaine créée en 1740 y est hébergée pendant 16 ans jusqu'à son transfert à Sèvres en 1756.

Dès la Révolution, en 1796, la forteresse devient un grand arsenal. Napoléon renforce sa vocation militaire par décret du 16 mars 1808 et adapte les lieux à l'artillerie moderne. Il s'en suit notamment un arasement des tours de l'enceinte. Les restes du pavillon de chasse initial datant de l'époque de Saint-Louis sont rasés. On assiste à l'apparition des bâtiments militaires existant encore aujourd'hui. En 1804, la forteresse est témoin de l'exécution du duc d'Enghein à l'âge de 31 ans dans les douves du château sur l'ordre de Napoléon qui fera couler beaucoup d'encre et notamment celle de Chateaubriand qui dédie des pages admirables sur ce dernier descendant de l'illustre "Maison de France" dans ses mémoires d'outre-tombe. En 1816, Louis XVIII fait transporter les cendres du jeune Duc dans la Sainte-Chapelle de la forteresse sous un monument de Lenoir et un mémorial est érigé depuis 2004 exactement à l'endroit où il perdit la vie sous les balles de ses tortionnaires.

Pas moins de 19 gouverneurs se succèdérent entre 1400 et 1815 pour assurer la protection militaire de l'ensemble. Le dernier, Pierre Daumesnil, nommé en 1812, s'illustre en le défendant avec acharnement lors de l'occupation de Paris par les troupes russes et prussiennes en 1815. Avec moins de 200 hommes, le général refuse de se rendre, insensible aux pressions et aux tentatives de corruption de leur siège pendant plus de 5 mois. Il finit par se rendre sur ordre de Louis XVIII mais continu la protestation en brandissant le drapeau tricolore.

Nous pourrions croire l'histoire du château de Vincennes enfin close à partir de cette période mais le XXème siècle apporte son lot d'événements dramatiques avec l'exécution de Mata Hari (danseuse et courtisane) le 15 octobre 1917 pour espionnage pendant la Première Guerre mondiale. Selon la légende, elle aurait refusé le bandeau lançant un dernier baiser au peloton d'exécution et déclarant juste avant sa mort : "Quelle étrange coutume des Français que d'exécuter les gens à l'aube !". Après sa mort, pendant presque 90 ans, jusqu'au 19 octobre 2001, on notera de nombreuses enquêtes démontrant que Mata Hari n'était qu'une femme naïve manipulée par les services secrets de part et d'autre de la frontière franco-allemande. On recense même une tentative de révision de son procès, refusée.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le château sert de quartier général à l'état major du général Maurice Gamelin, chargé de défendre la France contre l'invasion allemande de ce début de conflit. Après l'armistice de 1940, il est abandonné entre les mains de l'ennemi. Trois divisions de la Waffen SS s'installent dans les lieux. Il devient une caserne, une prison et un lieu d'exécution. Le 20 août 1944, elles exécutent 30 otages (à proximité de l'issue B, on trouve un mémorial à destination de ce fait). Dans la nuit du 24 au 25 août 1944, les forces nazies détruisent trois dépôts de munitions au moment de la libération de Paris ce qui provoque un immense incendie pendant près de huit jours des ailes du Roi et de la Reine (repère 16) construites du temps de Louis XIV par l'architecte Louis Le Vau. Ces ailes sont totalement dévastées et bénéficieront d'un très large programme de restauration dirigé par Jean Trouvelot de 1953 à 1978.

En 1964, Charles de Gaulle alors Président de la République tentera le projet de quitter le palais de l'Elysée pour s'y installer mais il sera obligé d'abandonner au profit d'autres priorités. Depuis 1988, un vaste programme de rénovation toujours en cours fut entrepris. En 2007, les travaux sur le donjon s'achevèrent. Jusqu'en 2012, la Sainte-Chapelle a subi une importante restauration tant sur ses structures que de ses vitraux. La forteresse relève aujourd'hui du ministère de la Culture et du ministère de la Défense puisqu'elle abrite notamment le SHD (Service Historique de la Défense).

Repère

Description

1
Le manoir capétien fut la résidence préférée de Saint-Louis pour accueillir les événements importants de la famille royale. Il fut progressivement détruit à partir du XVIIème siècle par ses différents occupants ultérieurs. Des fouilles archéologiques ont confirmé les fondations du manoir.

2
Une fontaine fut construite dès le XIIIème siècle. Elle demeure le seul vestige visible de l'ancien manoir capétien.

3
Le châtelet et le donjon.

4
La terrasse du châtelet s'ouvrant sur un vaste panorama sur le site (voir mon panoramique en haut de page)

5
Le campanile et la cloche de l'horloge installée en 1369

6
Le cabinet de travail de Charles V situé au deuxième étage du châtelet

7
Le chemin de ronde

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La passerelle était le seul accès au donjon au Moyen Age

9
La salle du conseil à l'origine, lieu des réceptions officielles et des séances de travail ou bien, chambre pour la reine ou proches du roi

10
La chambre du roi ornée d'une belle cheminée avec nervures des voûtes peintes

11
L'oratoire

12
La salle du trésor anciennement lieu de dépôt des sacs d'or et des plus belles pièces de Charles V

13
Le rez-de-chaussée atteste d'un passé carcéral dès le XVIème siècle

14
La Sainte-Chapelle dont la construction initiale s'étend entre 1379 sous Charles V et 1552 sous Henri II soit 173 années de travail

15
L'enceinte longue de 1100 mètres

16
Les pavillons classiques du roi et de la reine dont la construction remonte à partir de 1658 sous Louis XIV

17
Le pavillon des armes est une conception sous Louis XVIII (règne entre 1815 et 1824) pour abriter un arsenal d'artillerie grâce à ses grandes portes. Les pavillons 16 et 17 abritent aujourd'hui les bibliothèques et archives du service historique de la Défense


I - La Sainte-Chapelle

Vue générale intérieure de l'édifice

Période de construction

1379 - 1552

Auteur(s) - Architecte(s)
Débutée par Raymond du Temple Achevée par Philibert Delorme

Localisation

Vincennes (94 - Val-de-Marne)

Détail(s)

Gothique Flamboyant, Finissant et Renaissance. Restaurée sous Napoléon III par Viollet-le-Duc. Restaurée intégralement entre 1999 et 2012 après les dégâts de la tristement célèbre tempête de 1999.

La Sainte-Chapelle de Vincennes est un bijou architectural dont la construction initiale s'étend entre 1379 sous la fin du règne de Charles V et 1552 sous celui d'Henri II. Ces 173 années de construction débouchent sur un édifice marqué par les Gothiques Flamboyant et Finissant mais aussi par la Renaissance.

En 1793, comme beaucoup de monuments durant la Révolution française, les décors intérieurs sont détruits par la folie des hommes et les vitraux déposés. Toutefois, une pièce du trésor en réchappe, le baptistère de saint Louis qui est transféré au Louvre la même année. Il s'agit très certainement d'un des objets islamiques les plus célèbres et les plus énigmatiques au monde.

Dans ses murs reposent deux personnages historiques : Bernardin Gigault (1630-1694), maréchal de France en 1668 et le duc d'Enghein (1772-1804).

La chapelle rénovée plusieurs fois, notamment sous Napoléon III par Viollet-le-Duc ou juste après la dernière guerre a subi les ravages de la tempête du 26 décembre 1999. Le vent l'a traversé autour des 200 km/h détruisant les vitraux de la nef et provoquant des résonances dans les voûtes conduisant à d'importantes déformations. Les travaux de rénovation atteignirent un peu plus de 4 millions d'euros pour la reprise des joints, remplacement de certaines pierres, restauration des peintures du plafond ainsi que des figurines à chaque rangée de la nef (56 têtes sculptées). L'édifice rouvrit en septembre 2009 mais la restauration complète ne s'acheva qu'en 2012, peu avant mon passage dans celui-ci pour le parcourir : Une chance !!!

Médaillon de Saint-Louis

Figurines à chaque rangée de la nef

Gigantesque monument dans une petite chapelle annexe

Détail de l'autel de la Sainte-Chapelle (coquille de Jacques Le Majeur)


II - Le donjon

Vue générale de l'édifice depuis l'entrée C

Période de construction

1337-1370

Auteur(s) - Architecte(s)
Débuté par Philippe VI ou Jean II Achevé par Charles V

Localisation

Vincennes (94 - Val-de-Marne)

Détail(s)

Altitude de 50 m ; carré de 16,2 m de côté ; murs de 3,26 m d'épaisseur ; 5 étages ; hauteur moyenne sous clef d'environ 7 m ; 9,72 m de côté pour chacune des grandes pièces.

Le donjon est le principal objet de la visite.

Le mur d'enceinte du donjon est un carré d'un peu plus de 50 m de côté au niveau de la cour, d'une hauteur de 11,5 m pour une épaisseur de 1,7m. Il porte un chemin de ronde couvert permettant d'en faire le tour complet sans interruption. A chacun des quatre angles, on trouve une échauguette. La disposition de ce chemin de ronde semble indiquer qu'il fut conçu comme un promenoir pour le roi. D'ailleurs, en m'y égarant, ce chemin de ronde encore en travaux lors de mon passage en septembre 2012 est appelé "chemin de promenade Louis XIV".

Voûtes gothiques intérieures

Pièce des prisonniers...


Arnaud FIOCRET © 2012

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