La photographie humaniste représente pour moi le point culminant de la pratique de l'art photographique. On ne prend plus le temps de réfléchir, on saisit instinctivement ce que nos yeux perçoivent ; il s'agit du témoignage à l'état pur car le rapport à la mouvance du temps est immédiat. On ne s'alourdit pas, on ne se complique pas la technique, on utilise le meilleur moyen de ne pas écraser les perspectives ; on affronte la scène au 28, 35 ou 50mm.

Le photographe de rue ou "Street Photographer" est un conteur du quotidien le plus ordinaire chérissant la discrétion ; un animal forcément un peu à part. Tantôt un cueilleur comme Henri Cartier-Bresson (1908-2004) en se postant fixement à un endroit en pariant sur la chance et la patience pour qu'il se passe l'"instant décisif" tant espéré avec la bonne lumière ainsi que la composition, le cadrage parfait. Tantôt un chasseur perpétuellement en mouvement pour provoquer lui-même l'occasion en se jetant littéralement sur ses sujets, évoluant soudainement dans l'espace de compositions instinctives précaires substituant l'esthétique et les règles appliquées du conformisme artistique par un réalisme désordonné de l'instant perçu de Robert Frank (1924-) ou Garry Winogrand (1928-1984).

Recadrer les photos n'est plus considéré comme un aveu d'échec car le photographe qui aborde l'humain dans toutes ses perspectives bénéficie de la liberté totale sur la nature de son approche et ses méthodes s'apparentant à de la communication. La photographie ne doit plus seulement se limiter à la beauté, elle se doit de nous raconter une histoire.

Depuis 2015, équipé d'un exemplaire de ces quelques rares "petits appareils disponibles sur le marché qui font les grandes photos", j'abandonne de plus en plus fréquemment les découpages au cordeau de ma photographie académique d'illustration contemplative pour m'adonner joyeusement au couperet de l'instantané, aux conclusions imprévisibles. L'agriculture, l'architecture, les paysages, les scènes nocturnes et autres grands thèmes ont été relayés au rang de simples distractions qui peuvent croiser mon chemin...

En couleur comme en monochrome, de jour comme de nuit, l'humain s'expose très simplement par ce à quoi il ressemble quand celui-ci est photographié car en finalité, la seule chose qui m'intéresse, c'est la construction de l'image. Je suis celui qui passe, qui voit, qui mémorise, sans chercher à connaître ni communiquer obligatoirement avec mes sujets.

PORTFOLIO - Humain

Introduction

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